24.10.2008

STRAWBERRY ICE CREAM

Quelques gouttes de glace
Qui tombent sur ta langue
Baisers de bouche asservis
Je sers le dessert

Et quand je vois dans la glace
Ton corps coquin qui s'invite, exsangue
Je repars à l'assaut de tes chimères
Et de ta chute de reins, en pluies
Je me pourlèche des traces de ton envie

Quelques gouttes de crème chaude
Sur le creux de ton ventre qui me taraude
Je suis comme un chat qui miaule, qui rôde
Je poursuis ma frénésie de lunes, de dunes et de nuits
Je hume, j'ai soif des parfums, des arômes de ton vît
Je me sens toujours tellement en vie
Le danger me démange, me guette et je ris

L'assaut est violent, ce sont les cîmes des montagnes, les étoiles, des dessins indécis
Quelques éclats, cris, éclaboussures de liqueur aigre
Qui retombent sur ma jambe maigre,
Pénètrent les portes d'un paradis sans fin
Et ouvrent mon orgasme, ma boulimie d'amour et de lendemains...


(Le Mont-Dore, le 23 octobre 2008.
Poème non publié dans le Bouquet de glycines).

25.06.2007

Interview de Olivier-Yves IBRAHIM par Frédéric RUQUIER.

Frédéric RUQUIER: Bonjour Olivier. Olivier-Yves... Ibrahim? Comment préférez-vous que je vous appelle.
Olivier-Yves IBRAHIM: Allons-y pour Olivier-Yves. Faisons simple. Mais pas trop (rires).
F.R: Tout d'abord, félicitations pour la sortie de votre recueil de poèmes : "Un bouquet de glycines". Je suppose que c'est un moment important pour un jeune auteur de voir son premier recueil de textes être publié.
O-Y I: Beaucoup de gens me félicitent, je suis sensible à cela, même si j'ai envie de dire qu'il n'y a pas là de quoi adresser quelque félicitation que ce soit. Ce livre a été publié à compte d'auteur et je suppose que si c'était nul, ou parlons plus crûment encore, si c'était de la merde (et c'est sans doute le cas!), il serait publié de toutes façons.
Cependant, je dois avouer qu'être publié un jour était un rêve de gamin, et comme tout rêve de gamin, on est touché, très touché lorsqu'il se réalise.
Je n'oublierai jamais la première fois que j'ai touché la page de couverture du recueil, que j'ai senti cette page, que j'ai léché le coin de cette fameuse couverture, pour me dire : non ce n'est plus un rêve. Ca pique la langue.
F.R: Mais tout de même, on ne publie pas n'importe quoi, si c'était si mal écrit que ça, on vous aurait envoyé une gentille lettre et...
O-Y I: Je ne sais pas. Je n'ai pu arracher que quelques mots de mon éditeur. Il a juste baffouillé quelques mots du style, non, non , ce n'est pas mauvais, et l'air gêné, il est passé à autre chose, puis l'air un peu moins gêné il est revenu aux termes du contrat.
F.R: Dîtes moi, vous ne mâchez pas vos mots. Vous voulez dire que...
O-Y I: Les gens qui me connaissent vraiment savent que je n'ai pas un caractère facile. Je n'ai pas toujours envie de faire dans la dentelle. J'ai certaines choses que j'ai envie de dire et je les dis.
Cependant, il faut être clair. J'ai passé dix ans de ma vie à accepter l'idée de bien vouloir être publié à compte d'auteur parce que mes écrits sont sans doute assez mauvais ou qu'ils ne sont pas susceptibles d'intéresser beaucoup de gens pour être publiés tout court, alors j'assume. J'assume les actes que je fais. Mon éditeur espère peut-être vendre quelques exemplaires du Bouquet, mais d'ores et déjà il a bien rentabilisé son truc, et moi je suis publié. Chacun a ce qu'il voulait, dans ce contrat, non? J'ai publié parce que je suis orgueilleux et que je ne voulais pas mourir avant de l'avoir fait.
F.R: Vous êtes obsédé, j'ai l'impression, par l'idée de mort. Lorsqu'on vous lit, et d'ailleurs le premier poème s'intitule "L'amour est mort", vous paraissez très marqué par ce thème.
O-Y I: C'est effectivement un thème qui me hante depuis vingt ans, depuis l'âge où j'ai découvert que ça existait, la mort. C'est con, quand on donne la vie, on donne aussi la mort, on aurait sans doute dû m'avertir plus tôt, j'étais précoce à l'époque, j'aurais peut-être compris, mais après tout, je ne sais plus, je suis comme je suis et si j'ai des souffrances en moi, comme très probablement chaque individu a les siennes, j'ai aussi de très belles lumières, grâce à l'Eden que j'ai connu les dix premières années de ma vie.
F.R: Pardonnez-moi, mais ne pensez-vous pas que cet Eden puisse être illusoire, votre mère étant malade, cela ne pouvait sans doute pas être aussi magnifique que vous l'avez ressenti.
O-Y I: Dîtes-moi, vous êtes bien renseigné, vous. Et bien, justement, vous l'avez dit, je l'ai ressenti comme ça. La vie, pour moi, c'est pas très pragmatique, ce que j'en retiens et la seule chose qui m'importe vraiment c'est le sentiment, le sentiment de l'amour, et le sentiment de la beauté. Le reste...
J'ai vécu les dix premières années de ma vie comme si j'étais dans un cocon, un morceau géant de paradis, et c'est mon histoire.
Ca m'a marqué pour le reste de mes jours. Tout comme le décès de ce paradis, l'abandon involontaire de ma mère (sa mort), ma chute, La Chute m'ont marqué à vif et à vie aussi.
F.R: Vous voulez dire que vous portez en vous le sentiment de l'Eden et celui de la Chute?
O-Y I: Oui, c'est un peu ça. Je crois qu'à sa manière, chaque individu a en lui l'intuition de ce paradoxe. Après il tend plutôt d'un côté ou de l'autre, en fonction de plusieurs facteurs et bien sûr de son vécu, ou bien il essaye de gérer ce paradoxe comme il l'entend ou ne le gère pas du tout, mais oui, je crois qu'il existe en chacun de nous l'Eden et la Chute, la vie et la mort. Pour moi elles sont liées, mélangées, inévitablement uniques. L'unicité pour moi réside dans une contradiction. Lorsque l'on naît, la première sensation que l'on éprouve est une gêne (plus ou moins violente selon les bébés) : la respiration est d'abord difficile. C'est difficile d'entrer en vie, d'entrer en amour, d'entrer en le monde tel qu'il est. Nous n'avons pas la clé.
F.R: Vous avez une conception de l'existence bien fataliste, je dirais...
O-Y I: Je me pose un million de questions par jour et j'en finis souvent par me dire, ne te pose plus autant de questions, j'en viens à dix mille conclusions et je reviens dessus sans arrêt, je suis optimiste et très noir selon les moments de la journée, je bénis les étoiles que je sens en moi, que je vois tous les jours ou presque dans ma vie, et je porte en même temps une souffrance qui m'est parfois intolérable. Voilà. Je ne sais pas ce que cela fait de moi. A chacun son idée, sans doute, j'ai la mienne.
F.R: Et justement, quelle est la vôtre?
O-Y I: Je ne sais pas si c'est très intéressant de le savoir. Mais si vous insistez , rires, je dirais peut-être que je suis un individu en constant devenir. Comme tout le monde en fait, j'essaye de suivre la voie qui m'est propre, de faire mes choix, prendre mes initiatives, en essayant (encore une fois) de prendre le plus d'éléments possibles en compte, j'essaye de ne pas suivre des voies tracées ou des voies qui ne seraient pas celles de mon âme.
F.R: Vous n'aimez pas beaucoup la morale, les interdits ou ce qui empêche d'une manière générale les gens de se réaliser, on a le sentiment, quand on parle avec vous, ou quand on vous lit.
O-Y I: C'est vrai. On passe sa vie, je disais l'autre jour à mon psychanalyste, à revenir sur l'éducation qu'on a reçue et essayer de trouver les pièces de notre puzzle qui nous donnent du bonheur, à nous, pas forcément aux autres.
F.R: Mais ne croyez-vous pas que c'est une conception très individualiste et donc en quelque sorte assez égocentrique, de l'existence?
O-Y I: Même si nous faisons tout ou bien ce sont les autres qui font tout, je ne sais pas bien, pour croire (ou nous faire croire) que nous ne sommes pas seuls, nous restons des essais uniques de la nature, comme disait mon auteur favori, Hermann HESSE, et en ce sens, quoique nous fassions, nous demeurons toujours seuls.
Une difficulté supplémentaire consiste en le fait qu' on voit aussi ses semblables se démener pour prendre des voies diverses, des voies qu'on ne comprend pas toujours, ça aide, et parfois ça n'aide pas. Nous sommes toujours dans la logique du paradoxe dont nous parlions tout à l'heure.
F.R: Ce thème, on le sait, vous tient très à coeur, mais pour revenir à votre recueil...
O-Y I: Je me permets de vous arrêter. Je tiens à vous préciser que je suis comme j'écris. Les thèmes que nous abordons ensemble, je les aborde dans mes écrits, ou du moins je les pense, j'écris ce que je ressens, ça a toujours été un besoin viscéral, je ne sais pas faire autrement.
F.R: Justement, venons-en. L'écriture pour vous est une passion. Comment vous situeriez-vous par rapport à elle?
O-Y I: J'ai écrit dans un autre recueil de poèmes: "L'écriture me sauve, l'écriture me hante"... Mais l'écriture me tuera peut-être aussi un jour. Il faut bien mourir de quelque chose, après tout.
F.R: Parfois, on a l'impression en vous lisant que vous avez quelques... comment dirais-je cela? ... pulsions suicidaires, vous dîtes (très directement d'ailleurs) par exemple que "vous avez sucé" je cite, "pour mourir un peu plus vite"...
O-Y I: J'ai tellement peur de la mort (j'allais vous dire l'amour, mais c'est lié) que je me dis parfois qu'elle vienne donc, qu'elle vienne là, vite, sans crier gare, comme ça je serais enfin débarrassé de cette hantise, de ce fardeau.
Ca me fait pareil en amour. J'ai tellement peur de perdre celui que j'aime que j'en viendrais presque parfois à provoquer un conflit entre nous, ou un malaise.
F.R: Justement, vos histoires d'amour sont au coeur, semble t-il, du "Bouquet de glycines".
O-Y I: Merci.
F.R: Merci de?...
O-Y I: Merci de ne pas avoir dit: mes histoires de cul. Bah, elles ont leur place, elles aussi, mais en effet ce sont mes histoires de coeur, qui malgré les apparences, m'ont le plus marqué dans ce recueil. Divers échecs. Des attitudes que j'ai pu avoir. Ou que les autres ont eues; je ne dois pas sans arrêt me remettre en question, dans un couple on est deux, je voudrais cesser de croire que je suis toujours celui qui fait tout merder.
F.R: L'extrême sensibilité que l'on ressent derrière vos lignes, parfois, ne fait-elle pas peur?
O-Y I: On n'est pas là pour faire ma psychanalyse, j'en fais déjà une, mais en effet comme mon écriture transpire de chacune de mes émotions et sent chaque goutte de mon sang, je pense que ça a pu faire peur aux mecs en général, il fallait que je trouve la personne à qui cela ne ferait pas peur.
F.R: Et si cela n'est pas indiscret, l'avez-vous trouvée?
O-Y I: Oui.
F.R: Je suis très heureux pour vous. Sincèrement.
O-Y I: Merci infiniment. Ca me touche beaucoup. Il est un ange. Un ange un peu diable, juste Celui qu'il me fallait, sourire.
F.R: Mais précisément, ce nouvel amour ne vient-il pas remettre en cause ce que vous avez écrit dans votre "Bouquet"?
O-Y I: Non, je ne vois pas les choses comme ça. Le bouquet de glycines a fait partie de ma vie, de mon passé, il aborde des thèmes qui me sont chers, je voulais montrer que parfois, l'on doute, parfois on a mal, mais au final, il faut rester optimiste, tomber sept fois et se relever huit, je ne sais jamais si je ne retomberai pas une huitième fois, mais je me dis, j'essayerai alors de me relever une neuvième... C'est un peu le sujet final de "63"...
F.R: Vous écrivez d'ailleurs dans ce poème: "j'offrirai peut-être mes fesses au premier venu". Vouliez-vous dire alors que la vie et le bonheur pouvaient se passer de l'amour, à ce moment là de votre vie?
O-Y I: Oui. Tout est possible. J'aurais pu ne pas trouver l'amour. J'ai pu le trouver et un jour malheureusement, le perdre de nouveau. C'est ma hantise mais c'est justement ça la vie. Je voulais surtout me libérer d'un vieux tabou, celui de la sodomie. J'ai toujours voulu attendre de rencontrer la bonne personne pour me donner vraiment à lui, j'ai beaucoup souffert de cela, en même temps j'ai été heureux de le faire avec amour. C'est merveilleux. Mais c'est ma conception des choses, ce que je ressentais. Chacun peut penser différemment. Et j'aurais pu être amené à libérer ma sexualité dans d'autres circonstances, effectivement. Ca aurait pu être un autre moyen.
F.R: Dans un poème, vous dîtes "Encule-moi". N'avez-vous pas peur de choquer?
O-Y I: J'aime choquer un peu. Je ne veux pas choquer volontairement, mais je pense qu'il y a trop de tabous justement par rapport à la sodomie. On prétend vouloir aborder plus facilement des thèmes comme l'homosexualité aujourd'hui, mais on est choqué quand on parle de sodomie, il faut savoir. On n'est pas choqué quand on dit "un homme prend une femme". Pourquoi? Parce que l'image nous semble presque anodine. La sodomie génère une image plus violente. C'est inexact. C'est la même chose. Ca ne se passe pas au même endroit, c'est tout. Enfin, je viens à un autre point. J'ai moi-même fait volontairement l'amalgame entre homosexualité et sodomie précédemment, il faut aussi préciser que la sodomie est loin d'être un acte réservé aux homosexuels. Une femme pourrait elle aussi avoir envie de dire "encule-moi".
F.R: Oui, mais il y a sans doute une façon de parler de ces thèmes, peut-être disons moins crue?
O-Y I: J'ai trop souvent souffert de ne pas pouvoir parler de beaucoup de choses, j'en ai souffert au point même que physiquement, j'ai longtemps eu de très violents complexes et j'en ai encore, je ne veux plus me taire, je veux appeler un chat un chat et ne pas avoir de tabou. Qui donc a amené des tabous en sexualité? La morale, la religion, la bienséance. Pff, en 2007, mon psychanalyste me dit qu'il a une cliente qui pense qu'elle doit seulement procréer avec son mari et ne peut pas avoir de plaisir. Saint-Augustin, comme des tas de gens ont fait beaucoup de mal à l'humanité. On passe notre vie dans des salons de psy pour décoincer ce qu'on nous a interdit quand on était plus jeune. Ou alors c'était "sale". Ou alors il ne fallait pas en parler.
Je ne suis pas d'accord avec ça.
Ceux que je choque, je les respecte, je les comprends, ils ne sont pas forcément habitués à parler comme ça, ils n'ont pas envie de lire des choses comme cela, ça ne veut pas dire forcément qu'ils sont moralistes ou autres mais tout simplement qu'ils sont pudiques. Je comprends très bien, c'est pourquoi j'ai toujours averti mon gentil lecteur qu'il y avait des passages qui ne sont pas faciles à lire, dans mes écrits, en ce cas qu'ils ne me lisent pas, tournent la tête ou fassent ce qu'ils souhaitent. Vous l'avez compris, je suis pour la liberté de chacun. Moi j'ai envie de l'ouvrir, on n'est pas obligé de me lire.
Et heureusement! Rires.
Et puis enfin, je préfère dire les choses telles que je les ressens, parce que sinon on arrive à des incompréhensions, du style on croit que je n'ai jamais eu de rapport physique avec un homme, quelqu'il soit, parce qu'à l'époque j'avais écrit sur un forum: "je n'ai jamais fait vraiment l'amour avec un homme".
Je peux être très envolé et je peux être cru. Je suis comme ça. Et je suis vrai dans les deux situations, cela dépend justement de la situation dans laquelle je me trouve
F.R: Et bien merci pour votre franchise, Olivier-Yves Ibrahim. J'ai le sentiment que vous allez déconcerter pas mal de gens. Mais ce qui est certain, c'est que la recherche de l'authenticité est très forte, voire même violente chez vous. Je ne puis que vous souhaitez un bon parcours, aussi bien intérieur, que littéraire. J'espère que votre "Bouquet de glycines" aura une certaine audience, même si vraisemblablement il n'a pas été conçu pour cela.
O.R: Je souhaite surtout exprimer une sensibilité, une souffrance, que les gens qui ont la gentillesse et le coeur de me lire se disent qu'ils ne sont pas toujours seuls face à leurs tabous, leurs questionnements, leurs abîmes.
J'ai surtout envie d'un échange, être vrai suscite que l'on rencontre des gens vrais, et ces échanges-là sont les plus belles lumières de nos petites vies. C'est si court, moi je veux le plus de lumière possible, et pour qu'on ait de la lumière, il faut EXORCISER ses précipices.
Je vous aime.