20.07.2008
SENTIMENT DE FIASCO EFFROYABLE
Il n'y a pas encore deux ans que mon recueil est paru, certes, donc je me dis que j'ai encore quelque vague espoir d'atteindre les deux cents exemplaires escomptés pour avoir un brin de pub dans une émission de radio et un brin de pub dans un magazine littéraire.
Je me demande parfois quel orgueil m'a poussé à me lancer dans une telle aventure.
Et pourtant, me connaissant, je ne crois pas que ce soit l'orgueil qui m'ait tant poussé.
Outre le fait que j'avais envie de laisser une petite trace de mon passage sur le caillou bleu, j'avais surtout envie de gueuler un bon coup, affirmer une personnalité trop souvent etouffée en moi-même, pour moi-même et pour les autres, j'avais envie d'envoyer quelques roses un peu sombres à qui voudrait bien les recueillir, dire un peu de la douleur qui je pense, hante d'autres jeunes gens, exprimer une sensibilité parfois forte, parfois extrême, qui ne sait plus vraiment bien se taire, j'avais envie d'entendre ne serait-ce que quelques mots doux, mots apaisants, mots encourageants, mots agréales, j'avais envie de donner un petit quelque chose, à ma façon.
J'ai le goût amer d'un fiasco qui frôle mes papilles.
Il est encore trop tôt pour tirer un bilan définitif de cette aventure, mais il est déjà bien assez tôt pour dire la déception.
Je n'ai pas touché beaucoup de gens. Je n'ai même pas réussi à toucher mes amis. Seules quelques personnes ont exprimé leur enthousiasme ou leurs réactions face à quelques textes, mais je ne peux pas dire que mon objectif ait été atteint.
J'écris comme on vit, comme on essaye d'avancer.
Et je sais, plus que jamais, que ce n'est pas facile d'écrire une histoire qui se lit bien, une histoire qui coule, une histoire qui plaît.
On m'avait dit: "tu sais la poésie ça se vend mal" et plus encore quand le pseudo poète est un sombre inconnu, plus encore (ça fait beaucoup de plus encore!) quand la poésie est difficile d'accès, un peu trash, peut-être déconcertante.
Mais je l'ai fait quand même.
Je ne pense pas regretter.
J'ai même encore quelques petits projets. Lire des poèmes, en plein air, pourquoi pas au Mont Dore, pourquoi pas ailleurs, envoyer mes textes dans quelques librairies gay, faire encore un peu de pub (ce que je déteste faire), écrire à quelques personnes (ce que je déteste encore plus faire) mais je sens que l'aventure du "bouquet de glycines" va bientôt s'arrêter là.
Je ne me sentais pas prêt à publier un recueil et j'aurais peut-être dû en rester là.
Certes, j'ai jeté un petit caillou dans la vaste mer, mais je me dis cruellement parfois: "A QUOI BON?"
J'ai peut-être rêvé. Ma passionnée S*** m'avait poussé, poussé tant et si bien que je me suis dit oh pouquoi pas? pourquoi ne pas le faire? Et si je touche une personne, j'en toucherais peut-être quelques unes de plus?
Mais au final, je n'ai même pas eu vraiment de réaction de la dite S***, je n'en ai pas eu non plus de beaucoup d'autres et les très rares messages encourageants que j'ai reçus et qui m'ont tant réchauffé le coeur l'an dernier et cet hiver, semblent déjà loins, comme les vents soufflent et changent de direction.
Je n'ai pas mis l'âme à l'abri et je ne sais pas encore faire de jolis livres qui se lisent bien. J'aimerais. J'ai des projets. Mais je ne sais pas. Parfois je ne sais vraiment plus. Je ne sais plus comment vivre avec le poison de l'écriture et je ne sais plus comment vivre avec le soleil, la pluie, la mort et la violente vie de l'écriture.
Je lance un petit caillou de plus dans la vaste mer.
Je cherche des clés.
Je cherche des issues.
Il est bien assez tôt pour dire que j'ai vendu seize livres à ce jour. Il est assez tôt pour dire le fric monstre qu'on donne pour se faire publier. Il est assez tôt pour dire la vanité de ce que j'ai fait, la vanité de mes rêves gamins et non plus mes rêves de gamin. Il est assez tôt pour tirer le chapeau et s'en aller, non sans honte dans la voie de l'inconnu et du misérable.
Je n'oublie pas de remercier les quelques âmes qui ont cru voir en ce recueil un brin de quelque chose.
Mais je suis amer, très amer, et je ne suis pas très fier.
01:15 Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : écriture
24.05.2008
Lumière de printemps
Les années passent sans jamais se retourner
Et pourtant ta lumière demeure toujours intacte
Comment font les autres gens
Pour vivre comme si de rien n'était?
Les étés passent sans jamais rien nous dévoiler
Le mystère de l'aube égale toujours celui du crépuscule
Et je ne demeure que petite poussière
Je pourrirai comme les arbres abandonnés
Il y a des jours, des heures ou bien des éternités
Où les danses ne voltigent plus, les nuages ne déversent plus
Je préferais de loin l'averse, le chaos, le séisme
La torture est trop douce, le mal est trop coquin
Ciel noir de mai, ne fais pas ce qu'il te plaît
Emmène-nous voler parmi les abeilles, les fleurs, les velours
Imagine des torrents chantants, des messages, des impacts
Dessine nous des lumières, des vagues, des océans...
Cieux noirs de printemps, durables préambules
Expliquez nous pourquoi tous ces cimetières
Dans l'âme, le coeur, l'horizon défait, insolente clameur d'amour
Profane mes pensées planes, donne moi le voyage, vertige matin...
13:10 Publié dans Impressions et odeurs | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : amour, mort, écriture, poésie, vertige, voyage
20.03.2008
L'Ecriture me sauve...
L'Ecriture me sauve peut-être de la mort
L'Ecriture me sauve peut-être de la folie
L'Ecriture me sauve peut-être de l'hôpital
L'Ecriture me sauve de Toi
Le Mont-Dore, novembre 2005.
Recueil de poèmes "Miguel", 2005-2006. Non paru à ce jour.
17:27 Publié dans Poèmes d'accueil | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : écriture, mort, amour
22.07.2007
Vagabondage de l'âme
( Autour de bouquets de glycines)...
J'ai souvent pensé que la folie était quelque chose qui se vivait à l'intérieur.
Je ne parle pas de la véritable folie, celle qui ne se sait pas folle, mais je parle bien de tout ce qui bout en notre âme, ce qui fait que en somme, nous sommes nous-mêmes, et pas quelqu'un d'autre.
Mais quand je parle de nous-mêmes, je veux dire: vraiment nous-mêmes.
Derrière toute morale, tout système éducatif, toute religion.
Ce qui compose notre essence.
Ce qui coule depuis les pores de la peau, sensible, délicate et scarifiée.
Et pour ma part, je peux dire que ma peau sent, vibre, fait mal.
Elle est un peu comme ce ciel chaotique que nous avons depuis des semaines et des semaines sur la région de Niort, elle parle, elle gémit, elle est sur le bord d'exploser.
Comme un orage.
Il suffirait d'une petite coupure pour que pisse un sang rouge, étrange, compact, fou.
Sans but ni loi.
Je voudrais prendre un train et m'évader vers l'Océan.
Lui seul pourrait ce soir m'apaiser, apaiser mes volumes, mes contours, ma respiration.
Mais l'Océan n'est pas là, Il n'est pas là, et je dois aller travailler.
Parfois je me dis que c'est bien, ce nouveau travail, qu'il m'apporte certaines choses (deux ou trois) et souvent, j'ai envie de le plaquer, comme j'ai plaqué les autres, comme j'ai soif de liberté, d'évasion, je ne sais même plus dire si c'est cela être authentique, car je sais maintenant que le travail me met devant beaucoup de moi-même, de même que mon Il me met devant moi-même.
Devant cette peur agaçante et terrible de l'abandon, de la mort, de la séparation.
Je ne puis souffrir cette idée que les gens que j'aime doivent un jour cesser de respirer, je ne puis souffrir cette idée qu'un jour je doive cesser de respirer.
J'attends tellement de mon futur voyage à Varanasi, pour enfin espérer dompter la mort.
Quand?
V. veut venir avec moi.
Ce serait son plus beau cadeau, après celui de m'aimer.
Ce serait non pardon, son deuxième don le plus fort, le plus sensible, le plus fou.
J'y reviens.
Je ne m'égare jamais totalement.
Au défi des ruelles, je sais me perdre, voler quelques pavés et lumières, mais je n'oublie jamais la première odeur, la première sensation, les premières couleurs.
Les premiers contours. Les volumes instinctifs.
" Je voudrais m'asseoir à la terrasse d'un café " devant la mer, ou l'Océan, boire un alcool fort et me laisser porter par mes songes, ma mélancolie, mes doutes, mes peurs, me laisser porter par le sommeil, la douce rêverie, le vent salé et sucré, l'aveu de baisers qui en disent trop long, mais qui laissent leur marque douce avec le temps, avec la soirée, avec la nuit, avec l'absence des étoiles, je voudrais me laisser aller à un sommeil sans fin, sans réelle absurdité, me réveiller demain ou après-demain, sans heure précise, sans mouvement de grâce, sans candeur, sans frisson, juste là où je me serais endormi dans ma rêverie, dans mon alcoolémie, ou dans ma simple crise de spasmo anesthésiée par les pilules.
Je ne me fais pas à la mort, je ne me fais pas toujours à l'amour, je ne me fais pas à l'absence brutale de mes fuites, soudain, depuis quelques mois, je ne me fais pas à ce nouveau travail, et pourtant j'ai tellement l'impression de me faire à tout, dans le même temps.
Pourvu qu'il y ait un peu de vent, un peu de sommeil, un peu de jolis plats et de belles boissons, un peu (beaucoup) de tendresse.
Je ne me fais pas à l'absence de mes amis, à ce que je frôle en superficie de mon âme complexe, je me sens superficiel parfois et pourtant je sais bien que je n'ai pas toujours d'autres choix, vivre dans la lune est-il toujours compatible avec la vie sur le caillou bleu?
Bleu ou marron?
C'est une question.
De loin, il paraît qu'elle est bleue, en ce moment elle me paraît souvent bien boueuse.
Je rêve d'Océan pour me ramener un peu de bleu.
Le bleu de mon Il me donne parfois tant de peurs, de frissons, de lumières aussi.
Je n'oublie jamais la lumière.
Elle n'est jamais très loin, à ce qu'il paraît.
19:09 Publié dans Impressions et odeurs | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : glycines, écriture, poésie, mort, amour
25.06.2007
Interview de Olivier-Yves IBRAHIM par Frédéric RUQUIER.
Frédéric RUQUIER: Bonjour Olivier. Olivier-Yves... Ibrahim? Comment préférez-vous que je vous appelle.
Olivier-Yves IBRAHIM: Allons-y pour Olivier-Yves. Faisons simple. Mais pas trop (rires).
F.R: Tout d'abord, félicitations pour la sortie de votre recueil de poèmes : "Un bouquet de glycines". Je suppose que c'est un moment important pour un jeune auteur de voir son premier recueil de textes être publié.
O-Y I: Beaucoup de gens me félicitent, je suis sensible à cela, même si j'ai envie de dire qu'il n'y a pas là de quoi adresser quelque félicitation que ce soit. Ce livre a été publié à compte d'auteur et je suppose que si c'était nul, ou parlons plus crûment encore, si c'était de la merde (et c'est sans doute le cas!), il serait publié de toutes façons.
Cependant, je dois avouer qu'être publié un jour était un rêve de gamin, et comme tout rêve de gamin, on est touché, très touché lorsqu'il se réalise.
Je n'oublierai jamais la première fois que j'ai touché la page de couverture du recueil, que j'ai senti cette page, que j'ai léché le coin de cette fameuse couverture, pour me dire : non ce n'est plus un rêve. Ca pique la langue.
F.R: Mais tout de même, on ne publie pas n'importe quoi, si c'était si mal écrit que ça, on vous aurait envoyé une gentille lettre et...
O-Y I: Je ne sais pas. Je n'ai pu arracher que quelques mots de mon éditeur. Il a juste baffouillé quelques mots du style, non, non , ce n'est pas mauvais, et l'air gêné, il est passé à autre chose, puis l'air un peu moins gêné il est revenu aux termes du contrat.
F.R: Dîtes moi, vous ne mâchez pas vos mots. Vous voulez dire que...
O-Y I: Les gens qui me connaissent vraiment savent que je n'ai pas un caractère facile. Je n'ai pas toujours envie de faire dans la dentelle. J'ai certaines choses que j'ai envie de dire et je les dis.
Cependant, il faut être clair. J'ai passé dix ans de ma vie à accepter l'idée de bien vouloir être publié à compte d'auteur parce que mes écrits sont sans doute assez mauvais ou qu'ils ne sont pas susceptibles d'intéresser beaucoup de gens pour être publiés tout court, alors j'assume. J'assume les actes que je fais. Mon éditeur espère peut-être vendre quelques exemplaires du Bouquet, mais d'ores et déjà il a bien rentabilisé son truc, et moi je suis publié. Chacun a ce qu'il voulait, dans ce contrat, non? J'ai publié parce que je suis orgueilleux et que je ne voulais pas mourir avant de l'avoir fait.
F.R: Vous êtes obsédé, j'ai l'impression, par l'idée de mort. Lorsqu'on vous lit, et d'ailleurs le premier poème s'intitule "L'amour est mort", vous paraissez très marqué par ce thème.
O-Y I: C'est effectivement un thème qui me hante depuis vingt ans, depuis l'âge où j'ai découvert que ça existait, la mort. C'est con, quand on donne la vie, on donne aussi la mort, on aurait sans doute dû m'avertir plus tôt, j'étais précoce à l'époque, j'aurais peut-être compris, mais après tout, je ne sais plus, je suis comme je suis et si j'ai des souffrances en moi, comme très probablement chaque individu a les siennes, j'ai aussi de très belles lumières, grâce à l'Eden que j'ai connu les dix premières années de ma vie.
F.R: Pardonnez-moi, mais ne pensez-vous pas que cet Eden puisse être illusoire, votre mère étant malade, cela ne pouvait sans doute pas être aussi magnifique que vous l'avez ressenti.
O-Y I: Dîtes-moi, vous êtes bien renseigné, vous. Et bien, justement, vous l'avez dit, je l'ai ressenti comme ça. La vie, pour moi, c'est pas très pragmatique, ce que j'en retiens et la seule chose qui m'importe vraiment c'est le sentiment, le sentiment de l'amour, et le sentiment de la beauté. Le reste...
J'ai vécu les dix premières années de ma vie comme si j'étais dans un cocon, un morceau géant de paradis, et c'est mon histoire.
Ca m'a marqué pour le reste de mes jours. Tout comme le décès de ce paradis, l'abandon involontaire de ma mère (sa mort), ma chute, La Chute m'ont marqué à vif et à vie aussi.
F.R: Vous voulez dire que vous portez en vous le sentiment de l'Eden et celui de la Chute?
O-Y I: Oui, c'est un peu ça. Je crois qu'à sa manière, chaque individu a en lui l'intuition de ce paradoxe. Après il tend plutôt d'un côté ou de l'autre, en fonction de plusieurs facteurs et bien sûr de son vécu, ou bien il essaye de gérer ce paradoxe comme il l'entend ou ne le gère pas du tout, mais oui, je crois qu'il existe en chacun de nous l'Eden et la Chute, la vie et la mort. Pour moi elles sont liées, mélangées, inévitablement uniques. L'unicité pour moi réside dans une contradiction. Lorsque l'on naît, la première sensation que l'on éprouve est une gêne (plus ou moins violente selon les bébés) : la respiration est d'abord difficile. C'est difficile d'entrer en vie, d'entrer en amour, d'entrer en le monde tel qu'il est. Nous n'avons pas la clé.
F.R: Vous avez une conception de l'existence bien fataliste, je dirais...
O-Y I: Je me pose un million de questions par jour et j'en finis souvent par me dire, ne te pose plus autant de questions, j'en viens à dix mille conclusions et je reviens dessus sans arrêt, je suis optimiste et très noir selon les moments de la journée, je bénis les étoiles que je sens en moi, que je vois tous les jours ou presque dans ma vie, et je porte en même temps une souffrance qui m'est parfois intolérable. Voilà. Je ne sais pas ce que cela fait de moi. A chacun son idée, sans doute, j'ai la mienne.
F.R: Et justement, quelle est la vôtre?
O-Y I: Je ne sais pas si c'est très intéressant de le savoir. Mais si vous insistez , rires, je dirais peut-être que je suis un individu en constant devenir. Comme tout le monde en fait, j'essaye de suivre la voie qui m'est propre, de faire mes choix, prendre mes initiatives, en essayant (encore une fois) de prendre le plus d'éléments possibles en compte, j'essaye de ne pas suivre des voies tracées ou des voies qui ne seraient pas celles de mon âme.
F.R: Vous n'aimez pas beaucoup la morale, les interdits ou ce qui empêche d'une manière générale les gens de se réaliser, on a le sentiment, quand on parle avec vous, ou quand on vous lit.
O-Y I: C'est vrai. On passe sa vie, je disais l'autre jour à mon psychanalyste, à revenir sur l'éducation qu'on a reçue et essayer de trouver les pièces de notre puzzle qui nous donnent du bonheur, à nous, pas forcément aux autres.
F.R: Mais ne croyez-vous pas que c'est une conception très individualiste et donc en quelque sorte assez égocentrique, de l'existence?
O-Y I: Même si nous faisons tout ou bien ce sont les autres qui font tout, je ne sais pas bien, pour croire (ou nous faire croire) que nous ne sommes pas seuls, nous restons des essais uniques de la nature, comme disait mon auteur favori, Hermann HESSE, et en ce sens, quoique nous fassions, nous demeurons toujours seuls.
Une difficulté supplémentaire consiste en le fait qu' on voit aussi ses semblables se démener pour prendre des voies diverses, des voies qu'on ne comprend pas toujours, ça aide, et parfois ça n'aide pas. Nous sommes toujours dans la logique du paradoxe dont nous parlions tout à l'heure.
F.R: Ce thème, on le sait, vous tient très à coeur, mais pour revenir à votre recueil...
O-Y I: Je me permets de vous arrêter. Je tiens à vous préciser que je suis comme j'écris. Les thèmes que nous abordons ensemble, je les aborde dans mes écrits, ou du moins je les pense, j'écris ce que je ressens, ça a toujours été un besoin viscéral, je ne sais pas faire autrement.
F.R: Justement, venons-en. L'écriture pour vous est une passion. Comment vous situeriez-vous par rapport à elle?
O-Y I: J'ai écrit dans un autre recueil de poèmes: "L'écriture me sauve, l'écriture me hante"... Mais l'écriture me tuera peut-être aussi un jour. Il faut bien mourir de quelque chose, après tout.
F.R: Parfois, on a l'impression en vous lisant que vous avez quelques... comment dirais-je cela? ... pulsions suicidaires, vous dîtes (très directement d'ailleurs) par exemple que "vous avez sucé" je cite, "pour mourir un peu plus vite"...
O-Y I: J'ai tellement peur de la mort (j'allais vous dire l'amour, mais c'est lié) que je me dis parfois qu'elle vienne donc, qu'elle vienne là, vite, sans crier gare, comme ça je serais enfin débarrassé de cette hantise, de ce fardeau.
Ca me fait pareil en amour. J'ai tellement peur de perdre celui que j'aime que j'en viendrais presque parfois à provoquer un conflit entre nous, ou un malaise.
F.R: Justement, vos histoires d'amour sont au coeur, semble t-il, du "Bouquet de glycines".
O-Y I: Merci.
F.R: Merci de?...
O-Y I: Merci de ne pas avoir dit: mes histoires de cul. Bah, elles ont leur place, elles aussi, mais en effet ce sont mes histoires de coeur, qui malgré les apparences, m'ont le plus marqué dans ce recueil. Divers échecs. Des attitudes que j'ai pu avoir. Ou que les autres ont eues; je ne dois pas sans arrêt me remettre en question, dans un couple on est deux, je voudrais cesser de croire que je suis toujours celui qui fait tout merder.
F.R: L'extrême sensibilité que l'on ressent derrière vos lignes, parfois, ne fait-elle pas peur?
O-Y I: On n'est pas là pour faire ma psychanalyse, j'en fais déjà une, mais en effet comme mon écriture transpire de chacune de mes émotions et sent chaque goutte de mon sang, je pense que ça a pu faire peur aux mecs en général, il fallait que je trouve la personne à qui cela ne ferait pas peur.
F.R: Et si cela n'est pas indiscret, l'avez-vous trouvée?
O-Y I: Oui.
F.R: Je suis très heureux pour vous. Sincèrement.
O-Y I: Merci infiniment. Ca me touche beaucoup. Il est un ange. Un ange un peu diable, juste Celui qu'il me fallait, sourire.
F.R: Mais précisément, ce nouvel amour ne vient-il pas remettre en cause ce que vous avez écrit dans votre "Bouquet"?
O-Y I: Non, je ne vois pas les choses comme ça. Le bouquet de glycines a fait partie de ma vie, de mon passé, il aborde des thèmes qui me sont chers, je voulais montrer que parfois, l'on doute, parfois on a mal, mais au final, il faut rester optimiste, tomber sept fois et se relever huit, je ne sais jamais si je ne retomberai pas une huitième fois, mais je me dis, j'essayerai alors de me relever une neuvième... C'est un peu le sujet final de "63"...
F.R: Vous écrivez d'ailleurs dans ce poème: "j'offrirai peut-être mes fesses au premier venu". Vouliez-vous dire alors que la vie et le bonheur pouvaient se passer de l'amour, à ce moment là de votre vie?
O-Y I: Oui. Tout est possible. J'aurais pu ne pas trouver l'amour. J'ai pu le trouver et un jour malheureusement, le perdre de nouveau. C'est ma hantise mais c'est justement ça la vie. Je voulais surtout me libérer d'un vieux tabou, celui de la sodomie. J'ai toujours voulu attendre de rencontrer la bonne personne pour me donner vraiment à lui, j'ai beaucoup souffert de cela, en même temps j'ai été heureux de le faire avec amour. C'est merveilleux. Mais c'est ma conception des choses, ce que je ressentais. Chacun peut penser différemment. Et j'aurais pu être amené à libérer ma sexualité dans d'autres circonstances, effectivement. Ca aurait pu être un autre moyen.
F.R: Dans un poème, vous dîtes "Encule-moi". N'avez-vous pas peur de choquer?
O-Y I: J'aime choquer un peu. Je ne veux pas choquer volontairement, mais je pense qu'il y a trop de tabous justement par rapport à la sodomie. On prétend vouloir aborder plus facilement des thèmes comme l'homosexualité aujourd'hui, mais on est choqué quand on parle de sodomie, il faut savoir. On n'est pas choqué quand on dit "un homme prend une femme". Pourquoi? Parce que l'image nous semble presque anodine. La sodomie génère une image plus violente. C'est inexact. C'est la même chose. Ca ne se passe pas au même endroit, c'est tout. Enfin, je viens à un autre point. J'ai moi-même fait volontairement l'amalgame entre homosexualité et sodomie précédemment, il faut aussi préciser que la sodomie est loin d'être un acte réservé aux homosexuels. Une femme pourrait elle aussi avoir envie de dire "encule-moi".
F.R: Oui, mais il y a sans doute une façon de parler de ces thèmes, peut-être disons moins crue?
O-Y I: J'ai trop souvent souffert de ne pas pouvoir parler de beaucoup de choses, j'en ai souffert au point même que physiquement, j'ai longtemps eu de très violents complexes et j'en ai encore, je ne veux plus me taire, je veux appeler un chat un chat et ne pas avoir de tabou. Qui donc a amené des tabous en sexualité? La morale, la religion, la bienséance. Pff, en 2007, mon psychanalyste me dit qu'il a une cliente qui pense qu'elle doit seulement procréer avec son mari et ne peut pas avoir de plaisir. Saint-Augustin, comme des tas de gens ont fait beaucoup de mal à l'humanité. On passe notre vie dans des salons de psy pour décoincer ce qu'on nous a interdit quand on était plus jeune. Ou alors c'était "sale". Ou alors il ne fallait pas en parler.
Je ne suis pas d'accord avec ça.
Ceux que je choque, je les respecte, je les comprends, ils ne sont pas forcément habitués à parler comme ça, ils n'ont pas envie de lire des choses comme cela, ça ne veut pas dire forcément qu'ils sont moralistes ou autres mais tout simplement qu'ils sont pudiques. Je comprends très bien, c'est pourquoi j'ai toujours averti mon gentil lecteur qu'il y avait des passages qui ne sont pas faciles à lire, dans mes écrits, en ce cas qu'ils ne me lisent pas, tournent la tête ou fassent ce qu'ils souhaitent. Vous l'avez compris, je suis pour la liberté de chacun. Moi j'ai envie de l'ouvrir, on n'est pas obligé de me lire.
Et heureusement! Rires.
Et puis enfin, je préfère dire les choses telles que je les ressens, parce que sinon on arrive à des incompréhensions, du style on croit que je n'ai jamais eu de rapport physique avec un homme, quelqu'il soit, parce qu'à l'époque j'avais écrit sur un forum: "je n'ai jamais fait vraiment l'amour avec un homme".
Je peux être très envolé et je peux être cru. Je suis comme ça. Et je suis vrai dans les deux situations, cela dépend justement de la situation dans laquelle je me trouve
F.R: Et bien merci pour votre franchise, Olivier-Yves Ibrahim. J'ai le sentiment que vous allez déconcerter pas mal de gens. Mais ce qui est certain, c'est que la recherche de l'authenticité est très forte, voire même violente chez vous. Je ne puis que vous souhaitez un bon parcours, aussi bien intérieur, que littéraire. J'espère que votre "Bouquet de glycines" aura une certaine audience, même si vraisemblablement il n'a pas été conçu pour cela.
O.R: Je souhaite surtout exprimer une sensibilité, une souffrance, que les gens qui ont la gentillesse et le coeur de me lire se disent qu'ils ne sont pas toujours seuls face à leurs tabous, leurs questionnements, leurs abîmes.
J'ai surtout envie d'un échange, être vrai suscite que l'on rencontre des gens vrais, et ces échanges-là sont les plus belles lumières de nos petites vies. C'est si court, moi je veux le plus de lumière possible, et pour qu'on ait de la lumière, il faut EXORCISER ses précipices.
Je vous aime.
12:00 Publié dans A propos du Bouquet de glycines... | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : gay et lesbienne, écriture, initiatique, sexualité
29.05.2007
Couverture
D'origine italienne, Olivier-Yves IBRAHIM a choisi de prendre un nom de plume faisant écho à sa passion pour l'Orient, où il se sent à la fois appelé et chez lui.
Profondément marqué par ce qu'il va parfois jusqu'à nommer la réminiscence d'une vie antérieure, il est également passionné par les voyages et les rêves.
Il aime partir à la recherche de lui-même, sur les routes, comme à travers ses différentes rencontres. Il attache une importance essentielle à vivre sa vie sans regret, en demeurant fidèle à ses rêves.
Le décès de sa mère, alors qu'il n'avait que dix ans, la douleur ressentie se retrouvent dans sa sensibilité exacerbée. Cette dernière se traduit dans sa passion pour l'écriture, viscérale, sans fin, telle une quête parfois désespérée, mais toujours intacte, d'un idéal.
"Un bouquet de glycines" rompt avec la poésie d'Olivier-Yves IBRAHIM, habituellement plus lyrique.
Dans ses poèmes, l'auteur évoque la tentation qui fut la sienne, celle du cynisme, à un moment donné de sa vie, après plusieurs échecs amoureux.
Mais sous une apparence quelquefois très crue, se cache un coeur qui ne veut jamais cesser de battre et de garder un espoir presque insensé dans la vie. Et si celle-ci lui jette souvent ses affres à la figure, Olivier-Yves IBRAHIM n'a pourtant de cesse de poursuivre inlassablement sa quête d'un avenir possible.
16:46 Publié dans A propos du Bouquet de glycines... | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : écriture, poésie, parution
25.05.2007
L'AMOUR EST MORT
Ce poème devrait être interdit plus tard (ce soir)
Il sent le poids des espoirs et du désespoir
Il sent le soufre amer le souffle court de la mer
Et l'abject poison de tes suicides délétères
J'ai mis fin à mes amours la semaine dernière
Mais un autre jour a point au point d'être éclair
Je ne suis qu'un mensonge de mon âme déchue
Mon cerveau que l'antithèse de mon corps déçu
Pauvres haillons, où donc vous enfuyez-vous là?
N'êtes-vous pas que de simples carapaces fugaces
L'amour est mort guerre à son âme paix pour les pieux
Ca sent la souffrance d'un Christ couronné d'épines
Ca semble la fin d'un monde qui n'a jamais eu d'hymne
Si les anges sont courageux je n'suis pas de ces cieux
13:47 Publié dans Poèmes d'accueil | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : écriture, poésie, parutions
LES MOTS FONT SCANDALE
J'aime sa poitrine, elle est glabre et déjà cadavérique
Elle est glauque, imberbe et pour toujours figée dans les arts
Elle ne ressemble plus à quelque chose de maléfique
Mais pourtant, elle hante mes nuits insomniaques et diffamatoires.
La pose n'est pas érotique, nonobstant elle obsède
La tête retombe avec une humilité et une douceur superbes, contre l'épaule maigre
Je me souviens encore de ces vieilles bigotes toutes aigres
Moi je lui trouvais une sensualité qui éveille des remèdes
C'est un mystère mêlé de mysticisme et de misère
L'âme humaine est un crime que je n'ai pas commis
Les cheveux longs et sales, la coiffure éprise d'épines
Je sens ma piété s'envahir de quelque érection amoureuse
La poitrine a des trous, elle me fait penser au soldat de Rimbaud
Je sens les parfums âcres de ceux de l'éther
Cette nuit ne termine plus elle me prolonge encore un peu
Et Toi, Crucifié amoureux, tu m'aides à passer l'ennui...
13:25 Publié dans Poèmes d'accueil | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : écriture, poésie, parutions